Un acronyme qui démarre par un chiffre : voilà de quoi dérouter même les experts des sigles en tous genres. 2SLGBTQI intrigue, suscite des questions, voire des crispations, et surtout, chaque nouvelle lettre ajoutée raconte une histoire à part entière. Pourquoi ce « 2S » en ouverture, et que dit-il de la mosaïque d’identités et de combats réunis sous cette bannière ?
Derrière cette procession de lettres, des vies se croisent, des cultures se répondent, des luttes s’entremêlent. Explorer ce que recouvre 2SLGBTQI, c’est accepter de sortir des raccourcis, de bifurquer vers des réalités humaines souvent ignorées et de s’arrêter sur la richesse de la diversité qui nous entoure.
2SLGBTQI : un sigle, des réalités multiples
Le sigle 2SLGBTQI s’impose dans les politiques publiques canadiennes, s’invite dans les rapports institutionnels et rassemble, au fil des années, de plus en plus de voix au sein des communautés concernées. Derrière cette suite de lettres, une multitude d’identités et d’orientations sexuelles prennent corps. Chacune porte sa trajectoire, ses victoires, ses blessures, et toutes méritent d’être reconnues.
Aujourd’hui, 2SLGBTQ+ regroupe :
- 2S : bispirituel, concept ancré dans les cultures autochtones d’Amérique du Nord ;
- L : lesbienne ;
- G : gai ;
- B : bisexuel ;
- T : transgenre ;
- Q : queer ou en questionnement ;
- Le « + » traduit l’ouverture à d’autres identités et orientations en dehors du sigle initial.
On croise parfois des versions encore plus longues, comme LGBTQQIP2SAA, qui élargissent la liste aux personnes intersexes, pansexuelles, androgynes, asexuelles… À mesure que les mots circulent, que les histoires se racontent, le lexique s’enrichit, refusant de laisser quiconque dans l’ombre.
Ce choix d’une abréviation aussi large n’est pas neutre. Au Canada, placer « 2S » en premier acte une volonté claire : reconnaître enfin les personnes bispirituelles, longtemps invisibles, y compris au sein de la communauté LGBTQI. Ce choix linguistique, politique, bouscule les habitudes pour affirmer l’inclusion et contrer l’effacement de celles et ceux dont la voix porte moins fort. Les débats sur le sigle révèlent la tension permanente entre recherche de rassemblement et respect des particularités, entre unité et multiplicité des histoires.
Quant au « + », il garde la porte ouverte : rien n’est figé, de nouvelles identités surgissent, et chaque lettre supplémentaire rappelle que la diversité humaine déborde toujours les cases préexistantes. Ce sigle mouvant est l’écho vivant d’une communauté qui refuse les frontières étroites et revendique la légitimité de chaque existence.
Pourquoi l’ajout du “2S” change la perception des identités ?
Voir le 2S, pour bispirituel, apparaître en tête de l’acronyme n’est pas un détail. Cette place réinvente l’ordre établi des identités de genre et d’orientation sexuelle, en remettant sur le devant de la scène des réalités autochtones longtemps passées sous silence.
Le mot bispirituel désigne une personne issue des Premières Nations ou d’autres peuples autochtones d’Amérique du Nord, qui rassemble en elle des dimensions masculines et féminines. Mais ce serait réducteur d’y voir une simple question de genre : la notion s’inscrit dans un tissu spirituel, social et culturel profondément enraciné. Le 2S affirme justement ce lien unique entre identité, sexualité et tradition, propre à chaque nation autochtone.
- Reconnaître le 2S, c’est accepter l’intersectionnalité : les parcours des personnes autochtones 2SLGBTQI ne ressemblent à aucun autre, marqués par les séquelles du colonialisme et la lutte contre l’appropriation culturelle.
- Cette visibilité bouleverse l’approche habituelle de l’inclusion dans l’action publique et le militantisme, en intégrant des expériences, des histoires et des appartenances trop souvent effacées.
Mettre le 2S en avant, c’est aussi questionner les dynamiques internes des communautés LGBTQI. La question autochtone n’est plus périphérique, elle se retrouve au cœur du débat. La reconnaissance des personnes bispirituelles impose un nouveau dialogue, où la diversité, la mémoire et la dignité des identités deviennent des exigences non négociables.
Décryptage des différentes lettres et de leurs significations
Le sigle 2SLGBTQI sert de bannière à une multitude de parcours de vie et d’identités singulières. Prendre le temps d’en détailler chaque lettre, c’est mesurer la complexité et la richesse des expériences qui s’y rattachent.
- 2S (bispirituel) : identité spécifique aux peuples autochtones d’Amérique du Nord, une personne qui incarne à la fois des aspects masculins et féminins, portés par une dimension spirituelle et sociale unique.
- L (lesbienne) : femme attirée par d’autres femmes, pilier de l’histoire des luttes pour les droits LGBTQI.
- G (gai) : personne attirée par son propre genre, généralement utilisée pour parler des hommes homosexuels.
- B (bisexuel) : personne attirée par plus d’un genre, souvent confrontée à l’effacement ou à l’incompréhension.
- T (transgenre) : personne dont l’identité de genre ne correspond pas au sexe attribué à la naissance ; un terme qui couvre des trajectoires aussi diverses que le transféminin ou le transmasculin.
- Q (queer, questionnement) : terme ouvert pour ceux et celles qui ne se reconnaissent pas dans les catégories traditionnelles, ou qui traversent une phase d’exploration de leur identité ou orientation.
- I (intersexe) : personne dont les caractéristiques sexuelles ne correspondent pas strictement aux définitions habituelles de féminin ou masculin.
Quant au « + », il élargit encore le spectre : asexuel, pansexuel, non-binaire, aromantique, androgyne, fluide, agender, allosexuel… Cette liste s’étoffe au fil des années, à mesure que de nouvelles histoires s’imposent.
Dans ce paysage, une clarification s’impose. L’orientation sexuelle, attirance physique, affective ou émotionnelle pour un ou plusieurs genres, ne doit pas être confondue avec l’identité de genre, c’est-à-dire le vécu intime et social de son propre genre. Le sexe, lui, renvoie à des caractéristiques biologiques, mais ni l’expression de genre ni l’orientation ne s’y limitent. Le sigle 2SLGBTQI reste vivant et mouvant : il exprime le refus d’être réduit à une catégorie unique et la volonté d’une reconnaissance pleine et entière pour toutes les différences.
Quels sont les enjeux actuels pour les personnes 2SLGBTQI ?
Pour les personnes 2SLGBTQI, les défis se dressent sur de nombreux fronts : travail, santé, reconnaissance juridique, place dans l’espace public. La discrimination ne se contente pas d’être frontale. Elle s’infiltre subtilement dans les pratiques, façonne des inégalités qui s’accumulent au quotidien.
- La santé mentale alerte : préjugés, stigmatisation, isolement social exposent à des souffrances accrues. Les chiffres de Statistique Canada sont sans appel : les jeunes 2SLGBTQI présentent davantage de troubles anxieux et dépressifs que la moyenne du pays.
- Sur le marché du travail, les obstacles persistent, de l’embauche à la progression de carrière. Les avancées légales ne suffisent pas à effacer les micro-agressions ou les politiques internes trop floues pour garantir une réelle protection.
- La visibilité et la représentation restent fragmentaires. Quelques figures marquantes émergent : Marsha P. Johnson dans la lutte militante, Amélie Mauresmo dans le sport, Laverne Cox à la télévision. Mais la diversité des parcours peine à s’imposer dans les médias, l’éducation, la culture dominante.
L’inclusion occupe aussi le cœur des politiques d’équité. Des plans d’action fédéraux cherchent à garantir droits, sécurité et reconnaissance, mais rien n’est jamais acquis. La vigilance reste de mise pour transformer l’égalité inscrite dans les textes en égalité vécue, palpable.
Mettre en avant la dimension bispirituelle dans l’acronyme, c’est aussi tester la capacité des institutions à entendre la pluralité culturelle et à relier identité, territoire et histoire. La bataille pour l’égalité se joue sur tous les terrains, santé, emploi, éducation, espace public, et réclame une attention collective, constante.
Ce sigle qui s’allonge, qui s’adapte, témoigne d’une évidence : la diversité humaine refuse les clôtures. Et peut-être que la prochaine lettre, demain, viendra encore repousser les limites, ouvrant le champ des possibles à d’autres histoires, d’autres voix.


